Congrès de l'ADECR 76 :

De l'audace, toujours de l'audace !

Prévus sur le thème de « l'enjeu des services publics en terme de construction des solidarités », les débats du congrès de l'ADECR ont tout naturellement évolué vers la posture générale à tenir en ces temps de crise financière aigüe. La ligne de conduite fixée par les participants à cette assemblée tient en un seul mot : de l'audace !

L'assemblée annuelle de l'ADECR (Association Départementale des Elus Communistes et Républicains) s'est tenue au début du mois d'octobre au Tréport, « le bout du monde » de l'avis de quelques uns des participants, une charmante cité portuaire à découvrir et redécouvrir selon bien d'autres. Alain Longuent, maire du Tréport, a accueilli ses collègues en présentant sa ville et en rappelant sa position à l'embouchure de la vallée de la Bresle, célèbre pour son importante production verrière. Alain Longuent donnait ensuite le ton de la réunion en déclarant que « dans cette période marquée par la faillite de l'ultra-libéralisme, nous devons nous mobiliser pour faire en sorte que ce ne soient pas les contribuables qui bouchent les trous des institutions financières (…). Nous devons être à l'écoute, actif aux côtés des salariés et des plus démunis ».
Cette rencontre a permis létablissement d'échanges entre élus aguerris et membres entrés à l'ADECR à la faveur des dernières échéances électorales. S'il est un seul mot à retenir de ces débats, c'est bien « audace », un terme employé à plusieurs reprises par différents intervenants et placardé au mur sur une banderole réclamant « De l'audace pour construire une autre société'' ».
C'est Michel Barrier, président de l'ADECR, qui a été le premier à l'utiliser. « Nous ne réussirons à percer qu'en étant sans cesse plus hardis et audacieux », martelait-il en évoquant la crise à Gauche et la nécessité de convaincre la population qu'une autre politique que celle menée par nos gouvernants actuels est possible. Et de poursuivre : « sans initiatives audacieuses, il n'y aura que des combats au coup par coup, que du sauve qui peut. Il nous faut livrer des batailles, et l'ADECR en est l'instrument majeur. Elle représente une force, une expérience, des capacités. Nous devons l'affirmer et pas seulement avec des mots(…). Les 10 000 élus Communistes et Républicains de France, dont 300 en Seine-Maritime, doivent être des conquérants et ainsi notre force sera prise en compte à sa juste mesure. Nous avons mené bien des combats et il nous reste beaucoup à faire ».

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Barrier_Longuent.jpgAppuyant les propos du président Michel Barrier, les élus qui ont pris la parole à sa suite ont insisté sur l'idée et l'envie de se montrer pédagogues, de rendre leurs idées claires et surtout, dans la tempête qui secoue une partie de la Gauche, de se positionner en force de proposition crédible et à l'écoute des Français.
Jumel_Sebastien.jpgSébastien Jumel en est l'exemple. Le maire de Dieppe est l'un des instigateurs du comité de défense des urgences de l'hôpital d'Eu et du comité pour l'essor du pôle verrier en vallée de la Bresle. Dans ces deux structures, aux côtés d'Alain Longuent, de Jean Garraud et de bien d'autres, il a émis des propositions qui, prises en compte, ont démontré leur pertinence. Sébastien Jumel maintient sa ligne de conduite et assure aujourd'hui que « le peuple de Gauche butte sur ‘absence de perspectives et de ce fait, le mouvement social a du mal à se développer. Dans ces conditions, les élus Communistes et Républicains doivent être porteurs de projets lisibles, d'une dynamique de rassemblement. C'est la clé si nous voulons redonner des perspectives aux électeurs de Gauche. Face aux enjeux, qu'il s'agisse du démantèlement du service public ou de la casse industrielle, il nous faut porter des projets alternatifs sans tomber dans la dérive gauchiste qui consiste à dire : tout est perdu ».
Brulin_Celine.jpgCéline Brulin abondait en son sens et dégageait une piste d'action simple et concrète pour porter la parole communiste et républicaine au-delà des seuls membres du parti. Elle indiquait à quel point il est important « de montrer que les choix passés sont responsables de la situation actuelle, comme c'est le cas chez Renault ; de montrer que les projets de redécoupage des circonscriptions et de fusion entre Départements et Régions sont une façon d'enlever du pouvoir aux citoyens ». La secrétaire départementale du PCF poursuivait en encourageant ses collègues élus « à se montrer ambitieux » et évoquait sans détour « l'élargissement de l'ADECR. Nos relais dans les communes sont nombreux. Il y a un renouveau dans les conseils municipaux ; des salariés s'engagent dans leurs viles. Il y a de plus en plus de gens qui partagent des choses avec nous. Il nous faut faire des efforts dans leur direction et mieux nous adresser à eux ».

Les débats de cette matinée ont par ailleurs permis de s'intéresser à des points particuliers. En Seine-Maritime, les annonces de licenciement chez Renault n'ont laissé personne indifférent. Pour Noël Levillain, maire de Tourville-la-Rivière, « les collectivités locales doivent être associées aux choix industriels du groupe et ne plus être comme par le passé de simples guichetiers distribuant des aides financières ». Selon Céline Brulin, « il y a matière à développer un argumentaire prouvant que les collectivités locales peuvent être des co-décideurs ». Pour Jean-Claude Blondel, élu à Montivilliers, « Carlos Ghosn annonce un nouveau modèle à construire en 2012, mais il ne faut pas se laisser piéger pr les échéances. C'est aujourd'hui que le personnel est au chômage ».
S'agissant du projet d'EPR à Penly, Sébastien Jumel a tout naturellement fait entendre sa voix : « Oui nous sommes pour la diversification des productions énergétiques ; Oui nous sommes pour la réduction des gaz à effet de serre ; et Oui nous sommes pour l'EPR qui redonnerait un soufflé économique et social à notre territoire ». Pour Christian Cuvilliez, « la construction de l'EPR à Penly, c'est l'assurance d'un millier d'emplois pendant 6 à 7 ans, puis la maintenance, et ce n'est pas rien ». Alain Longuent a lui aussi l'intention et faire de l'obtention de l'EPR un de ses combats et précise au passage « pour l'éolien c'est autre chose. Lorsqu'il se présente sous la forme d'un parc de 142 machines au large du Tréport qui engendreraient la mort de notre port de pêche, qui deviendraient des outils au service de la rentabilité financière pour le groupe Suez, alors là, je suis contre ! ».

La question de la santé a également été évoquée au travers des propos de Mireille Garcia qui dénonce tout autant les mauvais coups portés aux hôpitaux publics que les faveurs accordées au secteur privé dans ce domaine.
Pour ce qui est de l'Education Nationale, tout en fustigeant « la casse sans précédent de ce service public et les conséquences que cela entraîne, particulièrement dans les quartiers populaires, Sébastien Jumel a rappelé qu'à Dieppe « on a refusé la mise en place du service minimum les jours de grève et sur ce point aussi, notre attitude ne doit pas être à géométrie variable. Sinon, nous risquons de ne pas être lisibles dans notre volonté de défendre l'école publique'' ».
Sur le sujet des ressources financières des collectivités locales, Michel Barrier rappelait que le « panier du maire » a progressé de 3,9 % en 2007. Le gouvernement projette de réduire la progression de la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) à 0,8 % pour chacune des trois prochaines années. Si cela était appliqué, cela reviendrait à réduire le « pouvoir d'achat » des communes de 3 points chaque année. Pour contrecarrer cette perspective, Michel Barrier propose « de taxer à hauteur de 0,5 % les mannes financières non assujetties à l'impôt, ce qui créerait 24 milliards d'euros de richesses pour les collectivités locales ». « Soit 400 euros par habitant et par an », précisait Olivier Christol, toujours dans un souci de clarté vis-à-vis de la population, somme à laquelle il ajoute « les 1100 euros par Français correspondant aux 65 milliards d'euros de cadeaux fiscaux en tous genres accordés par Sarkozy ».

Un langage clair ; de l'audace ; la volonté d'expliquer que le capitalisme longtemps érigé comme seule force de progrès montre ses limites, surtout lorsqu'il est porté à son paroxysme ; la présentation d'alternatives crédibles à ce système aujourd'hui en faillite, telles sont les orientations dégagées lors de cette assemblée de l'ADECR 76.